Le calvaire des réfugiés kurdes

Depuis plusieurs années, la population kurde de Syrie fuit la répression du régime baassiste pour se réfugier au Liban. Le quotidien beyrouthin L’Orient-Le Jour a recueilli leurs témoignages.

Beyrouth, devant l'ambassade de Syrie, les réfugiés kurdes, munis de leur drapeau, participent à une manifestation anti-régime. 29 avril 2011.

En marge de la crise syrienne, le problème récurrent des Kurdes et de leur conflit avec le régime de Damas revient sur le tapis. Nombre d’entre eux, qui risquent la mort dans leur pays, ont présenté des demandes d’asile au bureau du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (Unhcr). Ils se plaignent aujourd’hui de n’avoir pas été traités de manière équitable par l’organisation onusienne. Kadar est originaire de Qamichli [près de la frontière irakienne]. Marié avec trois enfants, il est entré illégalement au Liban, il y a trois ans, suivi deux mois plus tard par sa famille. Kandar faisait partie d’un groupe de militants kurdes qui s’opposent au régime syrien et qui réclament une réhabilitation de leur citoyenneté et de leurs droits. « Les services de renseignements syriens ont eu écho de notre existence et se sont mis à arrêter les membres du groupe, raconte-t-il. J’ai pu m’enfuir, sachant qu’en Syrie je suis condamné à mort par contumace. Tous les membres du groupe le sont. Heureusement, ils n’ont pas encore été exécutés, mais ils croupissent toujours en prison. L’amnistie générale décrétée par le président Assad le 31 mai dernier ne nous a pas englobés. »

Le problème des Kurdes syriens est un problème récurrent qui remonte à plusieurs dizaines d’années. La communauté est victime d’une discrimination ethnique, « le régime ne reconnaissant pas notre existence, notre langue ou encore nos coutumes », déplore-t-il. « Nous sommes une population de deuxième rang, poursuit-il. Les régions kurdes sont régies par des lois spéciales qui ne sont pas appliquées dans d’autres régions. Il n’y a pas que nos problèmes spécifiques : aujourd’hui, c’est tout un peuple qui est victime d’un régime dictatorial, qui est la cible, depuis trois mois que durent les manifestations, d’une répression sanglante. »

Dès son arrivée à Beyrouth, Kadar s’est présenté à l’Unhcr « demandant l’asile politique ». « Je leur ai proposé de présenter une demande séparée pour ma femme et mes enfants, note-t-il. Ma femme est recherchée parce qu’elle était informée de l’existence de notre parti et ne l’a pas dénoncé. D’ailleurs, en nous poursuivant, les services de renseignements ont arrêté les familles de plusieurs de nos collègues pour obliger ces derniers à se rendre. L’Unhcr m’a rassuré en me disant que nous pouvons présenter un seul dossier. Mais, huit mois plus tard, ma demande a été rejetée en raison d’une « contradiction » dans certains propos et dates que j’avais avancés. » Kadar a interjeté appel par le biais de l’ONG Frontiers-Ruwad qui a réussi à lui obtenir la carte de « demandeur d’asile » pour une durée d’un mois, « qu’on me renouvelait à chaque fois ». « Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas eu de réponse de la part de l’Unhcr, déplore Kadar. On me dit que, vu ma situation, aucun pays au monde ne peut m’accueillir. Est-ce possible ? Dans cet univers, il n’y aurait pas un seul pays susceptible de nous accueillir ! L’Unchr est en train de nous présenter des excuses fallacieuses. Je pense que les services des renseignements syriens sont toujours présents au Liban et exercent une pression sur les Nations unies. »

Kadar en est convaincu. Il confie ainsi qu’il poursuit ses activités politiques au Liban, « mais d’une manière pacifique ». « Récemment, nous avons observé un sit-in devant l’ambassade de Russie pour dénoncer la position de Moscou au Conseil de sécurité, explique-t-il. En exerçant son droit de veto, la Russie – la Chine aussi – est en train de participer au massacre du peuple syrien et d’encourager le régime à poursuivre dans cette direction. Durant cette manifestation, nous avons été attaqués par des membres du Hezbollah, du Parti national social syrien et par des membres des services de renseignements syriens. On est en train de perquisitionner nos maisons par le biais de personnes dont nous ignorons l’identité. J’ai essayé d’en faire part à l’Unhcr. On m’a gentiment conseillé de changer de lieu de résidence. Comme si c’était facile à faire. J’ai déjà changé neuf fois de maison. Je ne peux plus le faire. Je suis sans ressources et sans emploi. J’ai demandé à rencontrer le responsable du département de protection, mais je suis rentré bredouille. Ils sont en train de nous humilier. Ils nous font attendre des heures et des heures pour nous annoncer à la fin que la personne que nous désirons rencontrer n’est pas disponible. C’est de l’humiliation ! Ils n’auraient pas pu le faire au bout de cinq minutes ?
L’agence onusienne est supposée être une institution humanitaire, mais elle n’a rien d’humain ! »

http://www.courrierinternational.com/

Posté par Adil Kurdî le juin 30 2011. inséré dans Français, Rojev, Roportaj. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Les commentaires et les pings sont actuellement fermés.

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