Sous le couvercle turc

La Turquie retient en prison plus de soixante journalistes, souvent condamnés dans des affaires de « terrorisme ».Un record, qui fait du pays « la plus grande prison pour journalistes du monde », selon Reporters sans frontières. Ankara recule cette année au 154erang sur 170pays, dans le classement annuel sur la liberté de la presse que publie RSF. La couverture du mouvement de protestation, lancé le 31mai contre le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, par les médias turcs a aussi mis en évidence le phénomène de la censure et de l’autocensure dans les rédactions…jusqu’à la caricature, lorsque, au plus fort des affrontements pour le contrôle de la place Taksim, la chaîne d’information CNN-Türk diffusait un documentaire animalier sur les pingouins en Antarctique.

Quant aux chaînes affiliées à l’opposition, qui ont suivi heure par heure les manifestations, elles ont été condamnées par le Conseil turc de l’audiovisuel (RTÜK) à de fortes amendes pour avoir « encouragé les gens à la violence » et « diffusé des programmes de nature à entamer le développement physique et moral des enfants ».

Le 30mai, la brutale répression policière contre le rassemblement pacifique de quelques dizaines de défenseurs del’environnement dans le parc Gezi a été celle de trop. Depuis des semaines, pas un jour ne passait sans qu’Istanbul soit aspergée de gaz lacrymogènes. Contre les artistes qui défendaient un vieux cinéma, contre les syndicalistes qui voulaient se rassembler pour le 1er-Mai, contre les étudiants, les Kurdes ou les militantes féministes… Les violences policières se sont banalisées. Le bilan général en matière de libertés individuelles est peu reluisant, comme le soulignent à l’unisson les organisations de défense des droits de l’homme. La Turquie reste, de loin, le pays le plus condamné, chaque année, par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Depuis l’arrivée au pouvoir des islamoconservateurs en 2002, des progrès ont pourtant été entraperçus, faisant notamment rentrer l’armée dans ses casernes. Mais les vieux réflexes autoritaires hérités du régime kémaliste et de la tutelle des militaires, qui a pesé sur les consciences pendant des décennies, ont la peau dure. Des procès controversés sont menés depuis2007contre des opposants : contre la sphère nationaliste (affaire du coup d’Etat présumé du réseau Ergenekon), mais aussi contre la gauche turque et kurde. Des avocats sont arrêtés par dizaines, des journalistes, des universitaires… Le culte du chef et de l’Etat tout-puissant, le devlet baba, ne s’est pas estompé. La création artistique est bridée. « Certains livres sont plus dangereux que des bombes », a déclaré un jour le premier ministre. La liberté d’expression à laquelle aspire une large majorité de la population se heurte encore à des tabous politiques, comme le génocide arménien, mais aussi religieux. En témoignent les procès pour blasphème intentés ces derniers mois contre le pianiste Fazil Say, condamné à dix mois de prison avec sursis, ou contre l’intellectuel Sevan Nisanyan.

Guillaume Perrier

Istanbul

LE MONDE

rojbas varto Posté par rojbas varto le juin 16 2013. inséré dans Cîhan, Français, Rojev. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Les commentaires et les pings sont actuellement fermés.

1 Commentaire pour “Sous le couvercle turc”

  1. offerings@yellow.foot » rel= »nofollow »>.…

    tnx for info….

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