En Irak, une pièce de théâtre fustige la soif de pouvoir des dirigeants kurdes

Pour fustiger la cupidité et la soif de pouvoir des dirigeants kurdes, un metteur en scène conduit le public durant 90 minutes à travers quatre lieux symboliques d’Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan irakien.

Alors que le Moyen-Orient est ébranlé par une vague de protestation, notamment la Tunisie et l’Egypte, Karukh Ibrahim, 28 ans, débute sa pièce intitulée « le Cimetière » dans un jardin public où une veille femme est à la recherche de son fils et un jeune homme à la recherche de sa mère, sans que les deux aient un lien de parenté.

« Elle représente la patrie, la nation qui doivent être protégés », assure le metteur en scène alors que le jeune homme symbolise le peuple irakien.

« Dans cette pièce, je veux expliquer à mon peuple que nous perdrons tout si nous oublions notre patrie et si nous ne bâtissons pas notre communauté », confie ce jeune homme qui avait présenté il y a deux ans une pièce sur la coexistence religieuse au Kurdistan.

Dans le spectacle, présenté mercredi, un jeune homme part à la recherche de la dépouille de sa mère à travers la ville, suivi par le public, et rencontre parfois dans son parcours cette femme à la recherche de son fils.

Arrivé devant le siège du Parlement du Kurdistan, les deux protagonistes tombent sur un groupe d’hommes qui les empêchent de poursuivre leurs recherches et les frappent. « Tout est entre nos mains, nous contrôlons tout et rien ne peut se faire sans notre accord », lancent-ils au jeune homme.

Ce dernier leur répond: « Ma mère n’était pas comme vous, elle ne courrait pas après un poste, elle n’imposait pas sa volonté aux autres, elle n’était pas de votre milieu ».

Cette pièce est une critique de la domination des deux partis politiques, le parti démocratique du Kurdistan (PDK de Massoud Barzani) et l’Union patriotique du Kurdistan (UPK de Jalal Talabani), qui contrôlent la vie politique depuis des décennies.

« Nous avons voulu avec cette pièce mettre en lumière certains problèmes de notre société », explique Sayeh Hussein, l’actrice qui interprète le rôle de la femme à la recherche de son fils.

Dans cette région, plus sûre que le reste de l’Irak, ceux qui osent critiquer le gouvernement sont l’objet d’intimidation.

L’an dernier, un jeune journaliste a été assassiné après s’être moqué de Massoud Barzani même si les autorités du Kurdistan rejettent tout lien avec ce meurtre.

« C’est un changement important de voir le théâtre s’intéresser aux problèmes contemporains. Cette pièce décrit les difficultés de la vie quotidienne des Kurdes », a affirmé Fazel al-Jaff, critique de théâtre.

Pour la militante des droits des femmes Taman Shaker, il s’agit d’une « image réaliste de la société kurde, des conflits politiques et des problèmes qui existent ».

Après avoir commencé au jardin « Sami Abdel Rahman » dans le centre d’Erbil, la pièce se déplace devant le siège du syndicat des journalistes puis au ministère des Affaires religieuses avant de se terminer devant le Parlement.

Là, le metteur en scène distribue des feuilles de papier sur lesquelles est dessinée une tombe, avant de lancer aux spectateurs: « Regardez cet édifice, nous devons nous rappeler que la défense du pays est plus importante que les sièges ou les positions. Nous devons oeuvrer pour le bien du pays car de toutes façons nous terminerons tous dans une tombe ».

Par Abdel Hamid ZEBARI

Source: Les échos

rojbas varto Posté par rojbas varto le fév 16 2011. inséré dans Français, magazin. Vous pouvez suivre les réponses de cet article à travers le RSS 2.0. Les commentaires et les pings sont actuellement fermés.

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